|

Motel Senior Séjour dans l'étrange monde de la vieillesse.
★★★★
Il faut le dire: nous, spectateurs, n'allons pas assez au cinéma pour voir des documentaires sur les personnes âgées. La belle visite, de Jean-François Caissy, mérite une exception, tant le jeune réalisateur québécois a brillamment capté dans son documentaire tous les petits moments, les regards, les routines d'une poignée de retraités, comme s'ils étaient tous les grands-parents du monde, peut-être aussi vous et nous, quand nous aurons dépassé la soixantaine.
Jean-François Caissy nous ouvre les portes d'un ancien motel converti en résidence pour personnes âgées, situé aux confins de la Gaspésie, entre une route régionale et un cap tombant droit dans la mer. Le documentaire nous fait pénétrer dans l'intimité de ce lieu isolé, au fil des marées et des saisons. Caissy nous dévoile la vie particulière de ces pensionnaires par petites touches successives, quasi impressionnistes: le film est une série de plans qui s'attardent sur les silences, l'attente, les promenades, les coups de fil, les visites, les discussions, les prières, les consultations médicales, l'ennui parfois, mettant en lumière les rouages de ce quotidien, ainsi que l'esthétique singulière du lieu (bibelots, photos de famille, angelots, papiers peints fleuris, calendriers de chatons). Certains gestes, filmés avec pudeur, prennent une tout autre dimension, des scènes anodines, minuscules instants du quotidien remarquablement cadrés, relèvent alors leur beauté, tranquille ou inquiète.
Caissy, 32 ans, réussit un documentaire d'auteur, un hommage sans musique, sans narration, sans entrevue, une "exploration lyrique de la vieillesse". Nous ne connaîtrons pas grand-chose au final de ces pensionnaires, et le lieu pourrait être n'importe quel autre, mais l'essentiel est ailleurs: le film est une expérience touchante, d'une beauté dépouillée et presque plastique, laissant chacun songeur, ému par ces quelques vingt pensionnaires qui ressemblent à toutes les personnes âgées que nous avons en tête.
par Jean-Baptiste Barraud
24H - ICI Week-end - le 30 avril 2010
|