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Mettre en scène le réel
[…] Ultime exemple de ce cinéma de poésie, le très beau et très émouvant film de Jean-François Caissy, La belle visite. Description de la vie quotidienne des pensionnaires d’une maison de retraite pour personnes âgées, le film évite tous les pièges du genre pour devenir un véritable voyage au pays de la vieillesse ou, pour emprunter au cinéaste sa propre définition de son film, « une représentation symbolique de nos aînés ». Mais si cette représentation, comme le souhaite encore le cinéaste, évite « le concept de personnages vedettes », elle n’en est pas pour autant désincarnée. Tout au contraire, ce film admirable déborde d’émotions, mais d’émotions jamais appuyées et que le spectateur doit en quelque sorte fabriquer lui-même en s’imposant une lecture attentive du film. Car ici, c’est le cinéma qui est au poste de commandement. Et la forme que Storck nous incitait à trouver est partout présente et productive de sens. La caméra de Jean-François Caissy (et de son directeur photo Nicolas Canniccioni : un nom à retenir) se déplace à la vitesse des pensionnaires – le plan-séquence final étant exemplaire de ce parti pris tout à fait pertinent – et souffre même à un moment donné d’emphysème et doit s’arrêter au milieu d’un travelling!
Ce lieu où la vie s’écoule entre le « Je vous salue, Marie » du rosaire quotidien et les « Avis de décès » de la radio locale, est envahi d’une présence incontournable, bien au-delà de la gangue catholique qui pourtant l’enrobe. La qualité plastique exceptionnelle du filmage (ses raccords dans les tons, les plans qui sont autant de tableaux et ces panos droite - gauche et retour), la présence des sons du lieu, le rythme même du film viennent chercher le spectateur et en faire un véritable personnage. […]
Par Robert Daudelin
Revue 24 images #146
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